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Impression d'avoir avancé cette semaine. Démarche entreprise hier en vue des amendements nécessaires de l'entreprise à fin de pouvoir accueillir la Relève. Rien n'est simple et les échéanciers seront retardés d'un mois au moins, en attendant les résultats de ses examens. La mobilisation des fonds le sera aussi.
Aujourd'hui, séance de taï-chi. Le bienfait n'est pas que physique mais aussi bénéfique pour la concentration. Impression d'avoir comme plissé les yeux pour mieux aiguiser un regard perçant. En vrai, je regroupe mes énergies et nos ressources pour mieux mettre en oeuvre nos plans d'action. En quelque sorte, faire fi de la léthargie des dossiers en cours, du téléphone qui ne sonne pas, pour nous projeter vers une vision plus large, plus à moyen et long terme. Lui plutôt préoccupé du court terme, la Relève attentif à sa métamorphose, je fais donc office de mère supérieure, de muse et de gouvernante.
Justement, de petites pistes s'ouvrent pour quelques actions tangentes. Quelque chose pour se mettre sous la dent. Aussi, je me suis mise à reprendre contrôle de mon alimentation. L'humeur décalée, les doigts qui démangent, les soirées passées à grignoter ... et l'aiguille du pèse-personne qui penchait lentement et sûrement du mauvais côté. Mais enfin, je vais mieux depuis deux jours, buvant thés et tisanes, faute de reprendre des litres et des litres d'eau.
Il y a toujours la pièce qui me sert de bureau qui n'a pas fini de trouver sa vocation. Au départ, s'y trouvait le petit lit rouge de la petite qui est maintenant à la maison du nord. Depuis qu'il est parti de mon boudoir, j'avais même oublié jusqu'à son existence. À preuve, à la première nuit des vacances des fêtes, je ne savais plus où la petite allait dormir. Mais mon boudoir, dès le début, a toujours été affublé sur tout un mur de ce grand tableau blanc à marqueurs effaçable, symbole des résultats de l'entreprise. Ce tableau me suit depuis trente-deux ans. Non, depuis vingt-sept ans, son prédécesseur étant plus petit.
Dans les belles années, alimenté par une équipe, le tableau, divisé sur trois colonnes se remplissait chaque mois, ligne par ligne, dossier par dossier. Il ne suffisait pas parfois. Depuis que nous sommes deux, il n'y pas à dire, il ne se remplissait plus. Son prédécesseur aurait amplement suffi. Au perchoir, mon ancien chez moi, il était ancré sur un mur peint rouge sang. Il y a deux ans, je ne me résous pas à m'en défaire. Alors il était là, dominant le petit lit rouge d'abord, la petite causeuse ensuite, faisant ménage mal assorti avec mes livres, mes tricots, mes coupures de presse et mes petites lampes.
L'an dernier, il a à peine servi. Quelques petites lignes y étaient inscrites, modestes, presque par hasard. Et je me plaignais du manque de mur pour accrocher mes souvenirs de voyage et des reproductions de peinture.
À fin d'y faire éclore la germe de Relève, mon bureau ne sera plus mon bureau mais notre bureau, Lui occupera toujours physiquement le bureau voisin, le tableau reprenant ainsi son rôle de porte étendard. Il me semble que je retrouve ainsi ma cohérence. J'avais toujours besoin de m'expliquer le sens des gestes et des choses pour trouver mon centre. Ainsi, j'assois les priorités.
Plus que jamais cette entrée de journal ressemble à un monologue pour moi-même.
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