25 mai 2006
Confession

Il faut que je le dise. Ce midi, alors que nous étions attablés dans un bistro, mangeant une soupe et un sandwich, j'ai eu une pensée pour les fils et, sans préambule, j'ai interrompu mon mari pour lui dire: «Franchement, je viens de perdre pied comme si je tombe, je suis étourdie quand je pense ne pas savoir ce qu'ils ont à manger, j'ai comme mal et je me sens coupable!» Mon mari, ne s'étonnant de rien, dit: « Je comprend, toutes les mères ont ça!»

Alors que je me méprenais sur mes sentiments, je pensais que j'étais perturbée pour les décisions à laisser ou garder des objets de valeur sentimentale, mais au fait, je vais incessamment laisser trois fils d'un coup, non pas comme habituellement, tour à tour, les enfants quittent la maison familiale. Moi, je les laisse au nid, pour aller me refaire une maison de poupée! J'ai le mal de mère. C'est ça que j'ai depuis quelques jours, quelques semaines. Alors je fais excès de zèle et je ne me couche que lorsque je suis complètement vidée.

Je me soigne comme je peux. Je me précipite au marché. Je viens d'acheter plusieurs trucs qu'ils aiment. J'achète tout ce qu'il faut pour leur faire la recette de sauce à spaghetti que je n'ai pas fait depuis des lustres. J'arpente les allées, puisque j'ai même oublié la recette. J'achète leurs premiers homards de la saison.

Cela m'a pris plusieurs mois pour ne plus avoir une fixation sur la chaise laissée vide par ma fille lorsqu'elle est partie travailler dans le Grand Nord. Je me rassurais parce que là-bas elle était nourrie et gâtée puisque l'entreprise soignait ainsi les employés isolés et bloqués dans le Grand Nord pour plusieurs semaines avant d'être ramenés en ville en permission.

J'imagine que les mères ont le mal de mère longtemps, en espérant toujours que la mer à eux, ces enfants à vie, ne leur fasse pas trop boire la tasse, au mieux, au pire, ne leur fasse pas couler à pic, faute de mère à portée de bouée. Fin de confession.

Ce matin, déjeuner-conférence à propos de financement hypothécaire. Nous avons revu une ancienne employée en grande forme. Plaisir de la compagnie, sans ressasser les vieux souvenirs.

Cet après-midi, dès que nous étions arrivés au perchoir, deux fils nous attendaient. Ils sont fin prêts pour emporter mon lit! Voilà, je ne dormirai plus ici, dans leur maison familiale. Je faisais semblant de pleurnicher sur le drame! Ils m'ont tous offert de prendre leur lit quand je veux!

Nous venons de manger le homard. Un fils est parti au travail, l'autre à sa pratique de rugby. Le troisième vient d'arriver, il vient de manger. Il est entrain de prendre sa douche pour ensuite venir aider son père à décharger mon lit à la maison de poupée.

Je viens de lire ce qui précède à mon mari. Nous avons le mal de mère ensemble.

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